Claire Genoux
L'Heure apprivoisée, Bernard Campiche Editeur, 2004

Claire Genoux / L'Heure apprivoisée

Suivez-le, ce temps qui monte dans les pages de la passion. Écoutez-la qui brûle, dans sa quête au printemps inassouvi. Voyez là, cette passion à reconquérir, cet été à prendre - à vivre à nouveau, transposé, dans l'allée du poème.
C'est l'amour en chemin. Celui qui emporte dans sa voix tout l'alentour qu'il rassemble, de mémoire.
Vous irez le temps qui se chante dans le corps de la nuit.

Si la vie ne donnait
qu'une seule nuit pour aimer
je choisirais celle
remplie de sang frais
que les loups convoitent
celle qui bat en trilles
sous les chemises entrouvertes
si la vie ne donnait qu'une fois l'étreinte
je mangerais tout de suite les ventres
de mes dents pointues
en habile sorcière que je suis

Une parole à prendre décidément comme un bonheur qui résonne de pages vives.

(Jean-Dominique Humbert)

Claire Genoux est née en 1971 à Lausanne, où elle vit. Après avoir obtenu une licence en lettres à l'Université, elle se consacre à enseigner le français aux adultes et collabore à différentes revues, en Suisse et à l'étranger. En 1997, elle publie son premier recueil de poèmes, Soleil ovale, suivi de Saisons du corps qui reçoit le Prix de poésie C.F. Ramuz 1999. Outre ces recueils, ses poèmes ont paru dans diverses revues, en particulier Archipel, Écriture et la Revue de Belles-Lettres.

L'Heure apprivoisée, Bernard Campiche Editeur, 2004

 

Une poésie qui hante la nuit
Rencontre avec Claire Genoux, par Mireille Callu

L'Heure apprivoisée de Claire Genoux

Un recueil de poèmes, le troisième paru aux Editions Bernard Campiche, est l'occasion de rencontrer Claire Genoux, l'espace d'une "heure apprivoisée".
C'est qu'elles peuvent aussi être sauvages, ces heures d'errance et d'insomnie, de solitude et de tristesse. Mais il faut tenter de les apprivoiser. C'est ce qu'expriment les cinq séquences du recueil.

Quelle est votre source d'inspiration ?

Au cours d'un séjour dans une grande ville, j'ai marché la nuit. Seule. Et c'est alors que j'ai animé la nuit, le repos qui ne venait pas, le vent, les saisons. J'avais besoin d'être entourée pour ne pas être définitivement seule et l'hiver est devenu un intrus qui sonne à ma porte et l'insomnie un marchand des nuits sans repos que j'ai reçu avec toute ma colère. Les poèmes doivent être dynamiques, des lieux où il se passe quelque chose. L'écriture, c'est ma manière de boxer, de retourner les éléments comme des crêpes pour savoir ce qu'ils ont dans le ventre. Quand je suis bien entourée, je n'ai pas envie d'écrire. C'est quand il manque quelque chose pour que tout soit rond que je donne vie à ce qui m'entoure.

La nuit est très présente dans vos poèmes. Qu'y trouvez-vous ?

J'aime la nuit, il se passe des choses et c'est la liberté. C'est toujours le soir que se réveille l'envie d'écrire. Je trouve une idée dans la solitude de la nuit, et ça prend forme et contour. En reprenant les esquisses jetées sur des cahiers, j'écris une série de poèmes à la suite. Chacun est une petite unité narrative qui s'insère dans une plus grande. L'idée de l'"Étrangère" est venue dans la grande ville d'où je portais un regard sur mon pays natal, tout en marchant. Avec un certain humour sur moi, je me moque de ce lac trop présent, trop imposant. J'étais étrangère et en même temps de quelque part. Il faut partir pour sentir cela. Et même en rentrant à Lausanne, je me suis sentie un moment comme étrangère, sans point de chute, mais légère et heureuse.

Parmi les poèmes de l'errance, il y a "Avril", des poèmes d'amour ?

C'est plutôt l'"après", la tristesse, la déchirure. En fait je parle lorsqu'il y a incommunicabilité, rupture. Et forcément, ce n'est pas lisse. Je mange des ventres, on recoud ou découd des veines, tous ces petits travaux douloureux sur la peau, cette cruauté des mots et des sensations.

Et voilà, ces métaphores parfois un peu hermétiques. Faut-il vraiment tout comprendre ?

J'aimerais être comprise mais on peut aussi se laisser porter par la musicalité du poème. J'y tiens beaucoup et relis à haute voix pour que le rythme tombe juste.

Quels sont les poètes avec lesquels vous êtes en résonance ?

Alexandre Voisard qui réalise aussi de petites unités poétiques où il saisit et retourne les choses pour voir ce qu'il y a dedans. Chez Gustave Roud, je trouve la solitude, mais tragique où parfois la nature fait aussi silence. Et puis surtout Emily Dickinson qui a de petits poèmes où elle personnifie la vie, l'amour, la nuit, de façon très libre. Je sens là que le poète agit et ne subit pas, comme moi qui m'empoigne avec les éléments, non sans humour personnel.

"L'Heure apprivoisée" est passée et Claire Genoux se "dérouille les jambes en larges foulées" dans des nouvelles qui l'emportent dans d'autres régions intérieures.

Mireille Callu

 

Extraits de presse

Claire Genoux, lauréate du Prix Ramuz de poésie 1999, publie son troisième recueil. Voici un poème de la poétesse lausannoise, dont on attendait donc beaucoup: "La ville verse dans mes veines/ son vin familier et ses flaques hautes/ elle m'apprend à trinquer à la santé de ceux/ qui se pendent comme ils peuvent à leur bâton/ mais elle n'imagine pas que je vais/ d'un coup de pied ouvrir les portes/ et la bouche ouverte comme un corsage/ boire à l'infidélité des hommes." Trop souvent, hélas, ces poèmes, loin de proposer un imaginaire, une cohérence intérieure, se contentent de multiplier les images, sans choix et sans discernement - et bon nombre d'entre elles, du reste, résonnent comme des emprunts. (…) Décidément, ce recueil ne convainc pas ceux qui demandent à la poésie davantage.

L'Heure apprivoisée, Bernard Campiche Editeur, 2004

Marion Graf
http://www.letemps.ch