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Massimo Gezzi

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Depuis septembre 2007, Le Courrier, Culturactif.ch et Viceversa Littérature publient en partenariat des textes inédits d'auteurs de Suisse. Ces textes paraissent un lundi sur deux, et sont disponibles soit sur nos pages, soit en dernière page du Courrier ou sur le site de ce quotidien: www.lecourrier.ch


  Massimo Gezzi

Massimo Gezzi Massimo Gezzi est né à Sant'Elpidio a Mare (Italie) en 1976. Il a étudié les lettres modernes à l'université de Bologne, et son mémoire sur la poésie de Bartolo Cattafi a reçu le Prix Montale en 2002. Après avoir vécu et travaillé pendant plusieurs années à Pavie et à Rome, il est aujourd'hui assistant en littérature italienne à l'université de Berne, et vit entre Sant'Elpidio a Mare et la Suisse.
Il a également publié des poèmes dans des anthologies, et ses vers ont été traduits dans plusieurs langues, de l'espagnol au croate. Lui-même est traducteur de l'anglais pour diverses maisons d'édition italiennes.
Entre poésie du quotidien et préciosité, son univers poétique est très marqué par Gozzano, Saba, Montale et plus près de nous Fabio Pusterla.
Les poèmes publiés ici sont extraits d'un livre à paraître en 2011 dans la collection «Inaudita» de l'éditeur Transeuropa de Massa, en Italie. Intitulé In altre forme. 10 poesie in tre lingue , ce recueil poétique accompagné du cd Bruto , de Robertzo Zechini Limanaquequa , proposera dix poèmes en italien, en traduction allemande par Jacqueline Aerne, et en traduction française par Mathilde Vischer.
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  Vénus devant le soleil

Directions

Certaines directions sont des moyens
improvisés pour rester en équilibre,
gestes instinctifs imposés par un rien.
C'est pourquoi les trajectoires précises
sont pour les aéroplanes, les vols en migration
qui comprennent le vent. Les hommes honnêtes
ne disent pas je vais: ils chantent très doucement
quand une route les porte, quand un tournant s'ouvre sur
une mer aveuglante.

***

Les souvenirs de la première neige
                                                                                                            (K.)
Tout était si clair autour de la table.
Les cheveux en chignon, les mains serrées
sur les services. Nous parlions, négligeant
les fumerolles nucléaires qui voltigeaient lentement,
dessinant des boucles en altitude.
J'aurais voulu lui dire que son index parallèle
à la fourchette, les sourire forcés qu'elle concédait
entre deux accès de pleurs
suffisaient à la sauver, comme les lumières que quelqu'un
allumait et éteignait, dans l'immeuble d'en face.
Parfois je la trouvais seule, quelques jours après,
épiant celui d'en haut, qui travaillait toute la nuit.
On voit encore sa paume marquée contre la vitre.
Elle affleure quand il fait froid, avec les souvenirs de la première neige.

***

Mûriers

Tu as fait ce geste simple de la main:
tu l'as portée à ton visage,
l'as tendue vers ma fenêtre,
tandis que je conduisais: j'ai regardé,
et face à la lumière brumeuse
du matin je les ai comptés,
huit, huit mûriers le feuillage ouvert
comme la roue d'un paon empaillé,
en procession sur la ligne
de notre regard, si parfaits
qu'un instant j'ai oublié
horaires coïncidences
et j'ai ralenti pour comprendre
comment on peut dire voyant une rangée de huit arbres
«regarde comme ils sont beaux!», comme tu l'as fait,
s'ils ne décident pas eux-mêmes de l'être et si tout
est comme une séquence dénuée de sens,
ou s'il suffit d'un mouvement de la main
et d'un sourire pour faire de huit arbres alignés
une illusion de délivrance.

***

Peu avant

Les braises des sms qui s'éteignent,
la chambre désarmée verrouillée
dans laquelle toutes les nuits affleure une source
d'eau et de lumière, qui incite à s'asseoir
sur l'oreiller, pour regarder.
Le sommeil atomique qui marque
le matelas des douves,
le fond façonné par la nuit
en petites dunes. Et l'existence quotidienne,
faite de chairs et de vitres sales,
la cendre fine de l'aube
qui chevauche les collines et prononce
sur les lèvres de chacun la parole
mystérieuse, celle qui fait défiler par les portes
les silhouettes instables des corps, peu avant
que sonne le coup sur le cadrant
et que les chambres se peuplent d'autres
que nous.

***

Vénus devant le soleil

La matérialité de l'existence
est une certitude: sur les planchers et sous les lits
les écheveaux de poussière cachent
des organismes minuscules, qui au microscope
dévoilent des coquilles ou des fractions du carbone
présentes dans le diamant, les crayons
et dans l'isotope radioactif C14 qui permet
de dater l'indatable
c'est pourquoi si je regarde Vénus
qui tache comme un grain de beauté la surface
aveuglante du soleil je me demande combien
l'infini est fini et vice-versa,
combien de fois on peut diviser
en deux l'un, l'acarien
l'atome le quark.

 

Massimo Gezzi
Traduit de l'italien par Mathilde Vischer

Retrouvez une note biographique et les publications de Massimo Gezzi sur nos pages consacrées aux auteurs de Suisse.

 

Page créée le 16.12.10
Dernière mise à jour le 16.12.10

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