Sylviane Dupuis

Texte inédit 2001

L'écriture : un appel d'air

Maintenant je sais. Quarante-cinq ans après, ma mère a dit: en naissant, tu as failli mourir. Tu as manqué étouffer. A cause du cordon ombilical trop court et du manque d'oxygène. A cause du spasme qui m'a saisie, raidissant mes mains, bloquant tout.

Elle n'en avait jamais parlé. J'ai dû comprendre par mes propres moyens, me diriger à tâtons vers ce savoir que j'ignorais. Et soudain, je vois clair: c'est l'écriture qui m'a appris à respirer. A trouver l'air. A me fabriquer mot à mot, page à page, cet espace respirable où habiter pour s'inventer une langue à soi, un lieu et des forces propres, avant de s'élancer plus loin (car soi-même ne compte pas, soi-même ne vaut que comme conscience unique, et qui cherche à grandir pour soi et pour les autres en connaissance ou en amour).

Ecriture indissociable de la douleur et de la mort, depuis le commencement; je ne savais pas pourquoi. Mais qui, lentement, apprenait à traverser.

Je ne me souviens pas d'un seul temps de ma vie où elle ait été absente. A l'âge de dix-douze ans cela commença par des contes, deux romans, un journal tenu presque quotidiennement. Puis des poèmes, des nouvelles... Il fallait écrire. Mais j'avançais sans projet, ignorant où j'allais. Hantée seulement par l'idée d'une issue à trouver. Pourquoi une "issue"? Issue hors de quoi? Comment savoir? Il ne s'agissait que de progresser, de creuser la nuit des mots, des corps et des silences, en se confiant à la seule alchimie de la langue et de l'inconscient pour extraire de là un savoir, en lui donnant forme.

Je croisai d'abord en chemin le religieux (ou le métaphysique) et la mystique, la poésie et la philosophie - mais aussi l'égarement, fascinée par cette folie qui est mutisme et interdiction de parole, comme par tout ce qui renvoyait à l'empêchement, de vivre ou de parler. Pour déboucher finalement sur le théâtre et le politique, qui sont ce qui nous relie le plus directement aux autres. Ce faisant, je passai progressivement et sans m'en rendre compte de la quête de l'issue à la quête de l'ouvert - c'est-à-dire de la confrontation avec cette "mort" intérieure que j'ignorais (mais qui trouvait un écho dans les désastres hérités du siècle, désastres collectifs, cette fois, nous confrontant tous à la "mort de l'Homme") à une parole toujours plus reliée au monde et toujours plus engagée dans le présent, une parole enfin libérée qui trouve son sens en marchant, se passant fondamentalement de toute certitude.

© Sylviane Dupuis, 2001

 

Texte inédit 1998

écrire en quête de l'ouvert
(conférence inédite donnée à la Hochschule de St-Gall le 30 janvier 1998)

qu'est-ce qu'un écrivain

Qu'est-ce qu'un écrivain? Quelqu'un que ses propres pas inventent, et qui avance sans savoir où il va; quelqu'un que meut à l'origine une révolte, une soif ou un emportement, que hantent des obsessions ou une absence, et qui tourne autour d'un centre aveugle; quelqu'un de traversé par les voix - ou l'inconscient - des autres, mais qui abandonne après lui des mots dont il devra, paradoxalement, assumer seul la responsabilité. Quelqu'un enfin dont l'unique engagement consiste à persévérer, organiquement, dans sa propre quête de sens, et qui redoute appartenances, sectarismes et idéologies de tous ordres comme autant de limitations.

Comment donc, à cet écrivain, lui demander de s'exprimer sur son appartenance à un pays, lui demander de "situer son travail" par rapport à une littérature "nationale" sans le vouer, d'une part, à la perplexité (il/elle n'y avait jamais réfléchi en ces termes), et d'autre part, à la tentation du fictionnement? Puisque s'interroger sur soi, on le sait (et la psychanalyse elle-même n'y déroge pas), c'est déjà et toujours nécessairement s'inventer... Voilà pourtant l'exercice auquel on nous a demandé de nous livrer aujourd'hui devant vous; et pour périlleux qu'il soit, il pourrait bien finalement n'être pas vain, en nous contraignant à prendre position - ce qui, on le sait, exige de tout Suisse bien né un effort considérable et, pour certains, quasi contre nature...

ouverture au monde

Ces quelques réflexions, que j'ai intitulées "écrire en quête de l'ouvert", je prévoyais d'abord de leur donner pour titre: "écrire en quête de l'issue". Et puis je me suis aperçue que ce titre - qui correspondait plutôt à l'époque des Figures d'Egarées ou des Travaux du Voyage, qui sont l'un et l'autre un "travail vers la lumière" - ne recoupait plus tout à fait ce que j'avais à vous dire aujourd'hui; que pour moi, comme peut-être pour nous tous, la question, aujourd'hui, se posait d'abord en termes d'ouverture au monde, et de moins en moins dans le prolongement des thèmes "suisses romands". Mais cette dialectique du dedans (d'une intériorité plus ou moins étouffante) et du dehors est ou a été je crois tout à fait centrale dans notre littérature. Que l'unique recueil de poèmes de Nicolas Bouvier ait pour titre précisément Le Dehors et le dedans me paraît procéder d'une remarquable intuition: pendant un demi-siècle, les écrivains et les poètes n'ont cessé, en Suisse romande, d'osciller (ou de se voir écartelés) entre ces deux pôles, tantôt requis par la descente en soi, l'espace intérieur ou le domaine de l'âme, et tantôt par le dehors. Or on sait depuis Sénèque que le voyage a avant tout pour fonction de nous renvoyer à nous-même et de nous apprendre ce que nous sommes. L'écrivain suisse romand qui choisissait le "dehors", le voyage ou l'exil, n'était-il pas, bien souvent, plus proche qu'il ne le pensait de celui qui restait enraciné dans son lieu d'origine, ou, comme Ramuz, y était revenu? L'obsession de soi d'un Jacques Chessex, qui ne fait que se retrouver et se fuir sous toutes sortes de masques, participe encore de la même hantise opiniâtre. Mais cette quête de soi s'allie le plus souvent à un questionnement d'ordre métaphysique ou spirituel. Qu'ils fussent catholiques ou réformés, les écrivains de Suisse romande ont (ou ont eu) l'éthique et la métaphysique chevillées à l'âme et au corps. Ce qu'ils ne peuvent supporter est la légèreté, l'irresponsabilité, la gratuité ou le non-sens. (On pourrait dire que même Amélie Plume, à sa manière drôle et apparemment légère, fait encore oeuvre de moraliste, à sa manière! Et peut-être cette composante serait-elle encore valable, d'une certaine façon, pour la plupart de ceux qui se trouvent ici aujourd'hui, d'Yves Laplace à Daniel de Roulet ou à Hélène Bezençon).

En Suisse alémanique, il me semble que la question de l'identité s'est toujours posée de façon plus collective; on se demande: qu'est-ce que la Suisse, quelle relation ai-je avec elle, dois-je l'aimer ou lui en vouloir, etc. On s'identifie à la Suisse, ou on la vilipende. En Suisse romande, peut-être par réflexe minoritaire, on s'est longtemps replié sur le moi, et l'on a interrogé l'universel, en demeurant à l'écart de toutes les grandes révolutions artistiques de ce siècle. Aujourd'hui il me semble que, de part et d'autre de la Sarine, les écrivains tendent à se sentir de plus en plus européens, de plus en plus "comme les autres" et de moins en moins un Sonderfall; reste que l'exiguïté de l'aire romande continue d'y confiner les auteurs qui n'accèdent pas au marché français... et que nous ne sommes toujours pas européens!

quelques mots maintenant sur mon parcours

Il me faut commencer par dire que je n'ai jamais pensé ma relation à l'écriture en termes d'enracinement ou même de rapport à la Suisse. Pendant longtemps, être suisse... n'a presque rien signifié pour moi: j'eus durant vingt ans un passeport français hérité de mon père, qui me maintint dans un rapport abstrait et à la France, où je ne séjournais que durant les vacances, et à la Suisse. Mon père eut du mal à s'intégrer: il réchappait d'une expérience impartageable (celle de la Résistance) et d'une violence qui, ici, l'isolaient. J'héritais de son déracinement: comme l'identité, la "patrie" était un lieu à construire. Et je crois que très tôt, plus encore que la Suisse (même si je me suis mise à l'aimer), la littérature en fit office.

écrire, disait...

Ecrire, disait Jean-Pierre Monnier, c'est chercher à coïncider, c'est donner lieu. Enfant d'immigrés, Adrien Pasquali dit aussi quelque part que pour lui, le livre devint le substitut à toute forme de lieu ou de patrie, une demeure de mots figurant le seul mode de rapatriement possible - avant de lui ouvrir la bibliothèque universelle. Dans Portrait de l'artiste en jeune tisserin, il s'annexe au moyen du pastiche les auteurs de Suisse romande, et se cherche une identité à partir d'eux (ou contre eux). A l'inverse, pendant assez longtemps, j'ignorai tout, ou presque, de la littérature qui s'écrivait ici, me nourrissant plutôt de Balzac, Baudelaire ou Dostoïevski. Mais je n'étais pas la seule. Genève, contrairement au canton de Vaud ou à celui du Jura, ne s'est guère préoccupée de savoir, jusqu'au début des années 70, qu'il pût exister en Suisse (en dehors de Ramuz-Frisch-Dürrenmatt) une littérature digne de ce nom. On regardait vers Paris - tout en nourrissant parallèlement un solide préjugé anti-français. Cherpillod était sans doute trop à gauche, Chappaz était encore considéré comme un écrivain régional; et au Collège, on ne nous dit jamais rien d'Alice Rivaz, qui habitait pourtant à quelques rues de là, ni des écrivains ou des poètes de Suisse romande. A l'Université, lorsque j'y entrai, Philippe Renaud ramait contre vents et marées pour imposer, en marge du programme officiel, un modeste enseignement de littérature romande qui ne résistait guère aux assauts des modes parisiennes et du structuralisme. Pour moi ce fut pourtant comme une révélation. Je lus Jaccottet, Crisinel, Gustave Roud, Anne Perrier, puis Ecrire en suisse romande entre le ciel et la nuit de Jean-Pierre Monnier. Je me découvrais reliée à ce pays par cette soif d'absolu qui le travaille, par quelque chose que la poésie seule me semblait à même de faire surgir - ou encore cette part d'imagination ou de folie qui sauve la Suisse du conventionnel en révélant son envers. Car à mieux la connaître, on la découvre hantée par un sérieux, une prudence et une peur de l'échec, un conformisme et un goût de l'obéissance et de l'ordre qui, en creux, renvoient aussi souterrainement à une forme très surprenante d'anarchie, de folie, ou d'héroïsme de la singularité... Ce sont quelques psychiatres suisses hors-norme, tels Oscar Pfister ou Walter Morgenthaler, qui publient dans les années 20 la première monographie consacrée à un artiste malade mental; et c'est en Suisse que l'on trouve les peintres d'art brut les plus remarquables, d'Adolf Wölffli à Aloïse Corbaz ou à Louis Soutter. Il est à la fois paradoxal et significatif (je cite Michel Thévoz, directeur du musée de l'Art brut à Lausanne) qu'un pays plutôt terne (dans les années 30) en matière culturelle abritât les hôpitaux psychiatriques les plus prolifiques du monde en oeuvres sauvagement inventives. (...) Il faut croire que l'exil intérieur qu'ont constitué la folie et la détention psychiatrique a représenté une source d'étrangeté plus féconde encore que l'immigration (!).

venons-en aux poètes

Mais revenons aux poètes - à Gustave Roud: Je suis immobile au centre d'un paysage éternellement pareil à lui-même, et à Henri-Edmond Crisinel: Ici, le temps s'est arrêté. En raison de l'isolement historique, le lyrisme issu de l'héritage romantique a perduré en Suisse romande plus qu'ailleurs, s'y déployant de manière originale et faisant de cette petite région de la francophonie un vivier de poètes. Sur quelques-uns cependant, comme l'auteur d'Alectone, l'écriture poétique se referme comme un piège: A la fenêtre je sais qu'il y a des roses, des roses rouges d'arrière-automne, les plus hautes du rosier grimpant. Je n'ose les regarder, elles sont d'un autre monde, celui qui s'arrête au bord de ma fenêtre. Je me souviens d'avoir aimé les roses; ce souvenir m'est odieux. En 1948, Crisinel se donne la mort.

Que toute son oeuvre se soit déployée entre 1939 et 1944; que cet exorcisme tragique et le suicide qui y mit fin aient pu avoir partie liée, non seulement avec les "démons intérieurs de Crisinel, "otage du moralisme protestant" (selon les termes de Monnier), mais aussi et surtout peut-être avec l'état du siècle et l'ébranlement qui affecta les consciences, personne, en Suisse romande, ne semble s'y être beaucoup attardé... Or n'accuser ici que l'austérité protestante et son déterminisme fatal, c'est faire l'impasse sur le monde extérieur; c'est oublier la mauvaise conscience (partagée à cette époque par de nombreux écrivains suisses) de qui se sent inexplicablement épargné au milieu du désastre universel, et impuissant à y rien changer; méconnaître que la littérature ou la poésie les plus enracinées en apparence dans une terre et un contexte propres résonnent nécessairement aussi de l'état présent du monde, de ses noirceurs et de ses cris; à se maintenir hors de l'histoire des autres, on n'en est pas quitte pour autant de ses retombées, de ses "effets en retour" parfois destructeurs; les oeuvres poétiques issues des années de guerre (une guerre présente-absente) seront toutes marquées par le tragique - jusqu'à celle, aujourd'hui, d'un Pierre Voélin, qui prend appui explicitement sur la Shoah, et la référence à Mandelstam.

Au moment où je découvrais Crisinel, cependant, j'aurais été incapable de situer les choses dans cette perspective, car les allusions à Auschwitz ou à la Seconde Guerre mondiale restent extrêmement discrètes, pour ne pas dire voilées, chez les poètes romands. On ne nomme pas: on fait allusion. Mais je m'accordais à leur hantise de la douleur ou de la mort, et à leur quête de sens au-delà du désastre. Je ne croyais qu'au creusement du dedans, à la connaissance des gouffres; je recherchais la brûlure, ou je tournais autour. Il me semblait que ce pays où j'avais grandi, trop confiant dans son intangibilité, dans sa neutralité, aussi ennemi de la grandeur que de l'échec, et qui n'avait pas côtoyé la mort, niait aussi la violence du désir, niait la réalité même de la vie, en lui substituant le mensonge de la morale bourgeoise et du consensus. Je me persuadais donc (par réaction) que l'excès seul était du côté de la vérité, le retrouvant chez Georges Bataille et les mystiques, ou Marguerite Duras, chez tous les assoiffés d'absolu; mais c'était une violence purement intérieure, et que je ressentais comme une différence irrémédiable à quoi rien ni personne ne semblait pouvoir s'accorder - hormis, précisément, certaines aventures poétiques extrêmes. (Une "marge intérieure", en quelque sorte!)

le théâtre

Les mots trouvent l'issue avant nous: ce sont les Figures d'Egarées (poèmes de la douleur sans mots et du deuil, issus à l'origine du choc de la découverte de la poésie de Paul Celan) qui m'ont permis d'inventer poétiquement une issue à cette sorte de nuit spirituelle, ces poèmes figurant comme une catharsis (féminine) de tous les désastres.

- Il se pourrait bien aussi, selon une intuition d'Anne Perrier que je n'ai pas oubliée, que les Egarées m'aient conduite au théâtre. Qui, par rapport à la poésie (plus confidentielle, exigeant le silence et la lecture intérieure) est un lieu de parole et de résistance plus "ouvert" sur les autres, plus collectif, plus dialectique, aussi; et pourrait bien incarner le dernier lieu utopique au monde...

J'ai été très frappée à la lecture des propos de Markus Köbeli, dont la pièce Peepshow dans les Alpes a été représentée à Genève. Il dit que, étonné d'être joué en Pologne après la chute du communisme et l'ouverture des frontières, alors que sa pièce met en scène un problème d'identité typiquement suisse, il s'est rendu là-bas pour interroger les gens; et les Polonais lui ont répondu qu'ils y retrouvaient absolument leur propre problématique! Or la même chose m'est arrivée, lorsque ma pièce La Seconde Chute (qui est une " continuation " un peu subversive du Godot de Beckett et se veut en même temps un "appel d'air", une revendication fondamentale de liberté) a été jouée en 1997 en Lituanie, où l'on s'étonna de constater qu'elle parlait exactement de la situation actuelle des habitants des pays de l'Est, enfermés depuis quarante ou cinquante ans à l'intérieur de leurs frontières (comme les personnages de Beckett dans En attendant Godot) et redoutant le saut - peut-être dangereux - vers l'inconnu!

Il est évident qu'un écrivain occidental, aujourd'hui plus que jamais, qu'il soit né en Allemagne, en France, ou à l'Est de l'Europe, mais aussi en Suisse, est à la fois l'orphelin de toutes les utopies, et le dépositaire d'une mémoire, d'une culture, d'une histoire. C'est par là que nous nous ressemblons tous; et c'est sans doute par là qu'il faut (re)commencer, à créer mais aussi à résister au nom de ce qu'il nous importe de défendre. Car nous allons sans doute, de plus en plus, et mondialement, nous ressembler. (...)

Je crois que la Suisse est en train de basculer, irrésistiblement, de l'enfermement à l'ouvert, et qu'il y en a beaucoup encore qui ne le savent pas, ou s'y refusent catégoriquement, sûrs que le monde extérieur pourra continuer à se voir tenu en respect de l'autre côté des frontières, comme il l'a toujours été, et que nous serons préservés par elles de la " contamination " du monde extérieur. Mais Markus Köbeli le montre très bien: il est trop tard pour s'accrocher au monde qui a été. Sa pièce ressemble à la Cerisaie de Tchekhov revue et corrigée par un tragédien grotesque suisse.

je crois que les artistes de ce pays....

C'est pourquoi les artistes de ce pays n'ont je crois qu'une seule chose à faire, qui est non pas de s'expatrier, mais de se mettre à traverser les frontières aussi souvent qu'ils le peuvent dans les deux sens, à collaborer avec l'extérieur, et à s'inscrire dans la création européenne, à partir de ce qu'ils sont.

© Sylviane Dupuis, 1998

 

Poèmes (extraits de Géométrie de l'illimité)

Le Minotaure intérieur

L'homme incliné
sur son abîme
que sait-il
que sait-il
du péril qui grandit
dans la cage de ses os

au milieu de sa peur
pulsation d'un secret
qui parle

Où danser?

L'impalpable spendeur de toujours
erre au coeur d'aujourd'hui
éperdue, se cognant
au vide
cherchant âme
qui vive, dans le noir
dans l'ossuaire de nos rêves

- et où danser

Marelle

Pierre, pierre
petite âme
enchantée
hâte-toi
bondis vers
l'issue
là-bas qui est un
commencement


Poèmes extraits de: Géométrie de l'illimité, Sylviane Dupuis, La Dogana

 

Biographie

Née en 1956 à Genève (père français, mère genevoise d'origine mi-russe, mi-italienne), Sylviane Dupuis y obtient sa licence ès Lettres en 1979 (littérature française, archéologie, grec ancien) tout en suivant des cours de théâtre et en participant à des fouilles archéologiques. Son mémoire de licence, dirigé par Jean Starobinski, porte sur les poèmes en prose de Paul Claudel consacrés à la Chine.

Après un stage dans l'édition à Paris et une année d'assistanat à la Faculté des Lettres de Genève, elle choisit l'écriture et l'enseignement. Nombreux voyages (principalement en Grèce, en Turquie et en Chine). En 1988-89, elle est durant un an l'hôte de l'Institut suisse de Rome, et y écrit Travaux du Voyage.

Actuellement professeur de littérature française au Collège Calvin, elle a également été chargée d'enseignement à l'Université de Genève de 1997 à 2000. Elle est membre du comité de la revue ECRITURE, du Groupe d'Olten et du Pen Club. Depuis la création du journal en 1998, elle tient une "chronique d'écrivain" mensuelle dans Le Temps.

Sa production littéraire se divise en trois parts:

  • recueils poétiques (Editions Empreintes et La Dogana)
  • essais - sur la poésie et le théâtre - et critique littéraire (Editions Zoé, revues)
  • théâtre (Editions Zoé).

Ses deux premières pièces, créées à Genève, ont été traduites en allemand et jouées respectivement à Zurich et à Berlin. La Seconde Chute a également été montée à Montréal et en Lituanie. L'ensemble de sa poésie a été traduit en arabe et des anthologies de sa poésie ont paru en roumain et en macédonien. D'autres traductions (poésie / théâtre) sont à paraître en arménien.

De 1996 à 1998, Sylviane Dupuis a collaboré comme dramaturge avec la metteure en scène berlinoise Claudia Bosse, et depuis 1998, elle participe aux productions de la chorégraphe genevoise d'origine argentine Noemi Lapzeson.

Elle travaille actuellement à une nouvelle pièce, L'Enfer ventriloque, et collabore à plusieurs projets (théâtre / danse) en France et en Suisse, avec la Cie Ariadne, la Cie Vertical danse (Noemi Lapzeson) et François Rochaix, qui lui a commandé un texte théâtral pour 2004.

 

Bibliographie

poésie

D'un Lieu l'autre, Empreintes, Lausanne 1985
Creuser la Nuit, Albert Meynier, Turin 1985
Figures d'égarées, Empreintes, Lausanne 1989
Odes brèves, Empreintes, Lausanne 1995
Poésie 1985-1989, Poche Poésie, Empreintes 2000
Géométrie de l'illimité, La Dogana, Genève 2000

essais

Travaux du Voyage, Zoé, Genève 1992
A quoi sert le théâtre ? MiniZoé 1998

théâtre

La Seconde Chute, Zoé, Genève 1993
Moi, Maude, ou la Malvivante (bilingue français-allemand), Zoé, Genève 1997
La Paresse, in : Les sept Péchés capitaux, L'Aire, Lausanne 1999
Etre là, Zoé, Genève 2001

 

créations (théâtre/danse)

Théâtre

La Seconde Chute (Die zweite Vertreibung oder Godot, III.Akt)

Lecture scénique par Chantal Morel en 1991 (Paris, Genève, Lausanne, Göttingen, Hanovre)
Lecture scénique à la Rote Fabrik, Zürich, en 1992
Création en traduction allemande en mars 1995, Theater an der Winkelwiese, Zürich (mise en scène : Jean Grädel)
Création en traduction lituanienne en février 1996, Siauliu Dramos Teatras, Siauliai, Lituanie (mise en scène : Peter Stoytschev)
Création en français en septembre 1996, Nouveau Théâtre de Poche, Genève (mise en scène : Philippe Morand) Tournée à Lausanne (1-10 novembre) et au CCSP, Paris (15-17 novembre)
Création canadienne en septembre 1998, Centre culturel Strathearn, Montréal, Canada (mise en scène : Vanessa-Tatjana Beerli, A.E.A. Théâtre)

Moi, Maude... ou La Malvivante (Ich, Maude, oder La Malvivante)

Création en français en mai 1996, Théâtre du Grutli, Genève (mise en scène : Claudia Bosse)
Création en traduction allemande en septembre 1997, Théâtre de Podewil, Berlin, et Dresde (mise en scène : Claudia Bosse)

Etre là

Création de La Paresse (un tableau) été 1999, Festival de la Cité de Lausanne (mise en scène : Genevière Pasquier, Compagnie Rossier-Pasquier)

Lecture publique d'Etre là par Claude Thébert le 1er décembre 2001
à la librairie du "Rameau d'Or", Genève.

 

Danse
(collaboration avec la Cie Vertical danse)

Géométrie du hasard

Création le 21 avril 1998 au Théâtre du Grutli, Genève
(chorégraphie: Noemi Lapzeson / poèmes : S. Dupuis)

Opus 27

Création en mai 2002 à La Comédie de Genève
(chorégraphie: Noemi Lapzeson / poèmes : S. Dupuis)

 

Etudes critiques (sur la littérature romande)

Etienne Barilier, ASELF 1998

Sur Corinna Bille, Préface à Un goût de rocher, Empreintes 1997
Sur Nicolas Bouvier, Postface à La Guerre à huit ans, MiniZoé 1999
Sur Pierre Chappuis: Le lyrisme paradoxal de Pierre Chappuis, RBL 3-4, 1999
Sur Jean-Georges Lossier (à paraître): J.-G. Lossier ou l'unité recomposée, RBL 3-4, 2001
Sur Alice Rivaz (à paraître): Transposer dans l'écriture le cinéma muet,
Etudes de lettres de l'Université de Lausanne, 2002

Nombreux articles critiques dans la Revue de Belles-Lettres (sur: Maurice
Chappaz, Pierre Chappuis, Madeleine Santschi...)

 

Distinctions

Prix de Poésie C.F. Ramuz 1986 (Suisse)
Jasmin d'Argent 1996 (France - Prix international francophone de poésie)

Bourses littéraires de Pro Helvetia (1989 et 1999)
Bourse de la Fondation Leenards (2000)

 

Invitations / conférences, lectures

1996 Festival international de Poésie de Trois-Rivières, Québec, Canada
   
1997 Rencontres poétiques internationales de Neuchâtel (conférence)
   
1998 Colloque de l'Université de Pékin (Beijing)
  Colloque de la Hochschule de St-Gall (conférence)
  Festival franco-anglais de poésie de Paris
  Université de Genève (conférence)
   
1999 Journée mondiale de la francophonie, Institut suisse de Rome
 

Rencontres internationales de poésie féminine de Paris

  Université de Lausanne (conférence)
   
2000 Tournée de lectures et conférences au Caire et à Alexandrie, Egypte
  Journées de Soleure
  Festival international de poésie al-Mutanabbi, Zurich
  Atelier d'écriture à Bamako, Mali
   
2001 Tournée de lectures et conférences dans les Emirats (Koweït, Abou Dhabi, Dubaï)
  Centre national du Livre, Paris (conférence)
  Colloque de la Francophonie, Université de Strasbourg
  Cercle littéraire de Lausanne
  Université de Lausanne (conférence)
  Colloque de l'Université de Genève, Faculté des lettres
  Institut national genevois (conférence)

 

A consulter

  • Solitude surpeuplée, Femmes écrivains suisses de langue française,
    Ed. d'En-bas, Lausanne 1990, pp. 184 et 212
  • Encyclopédie de Genève, tome X, Office du Livre, Fribourg 1994, p. 214
  • Littératures francophones d'Europe, Nathan 1997, p. 190
  • Histoire de la littérature en Suisse romande (dir. R. Francillon), volume 4, Payot, Lausanne 1999, pp. 140-144
  • Dictionnaire de Poésie de Baudelaire à nos jours (dir. M. Jarrety), P.U.F., Paris 2001